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Chers adhérents, chers amis,

Nous avons choisi, aujourd’hui de vous livrer quelques lignes de la revue « l’illustration » parue le 1er mai 1852.
Lisez-le à voix basse, il ne faudrait pas troubler la sérénité de notre artiste...

« Le triangle que forme le jardin du Luxembourg est enfermé entre la rue d’Enfer d’une part et la rue de l’Ouest de l’autre. La première ainsi nommée en souvenir des diables qui, au treizième siècle, s’étaient logés de ce côté dans un château bâti par le roi Robert, on l’avait abandonné et ils y faisaient un tapage d’enfer. Des chartreux de Gentilly se chargèrent de déloger ces locataires bruyants. Saint Louis leur donna le château et les bons religieux s’en arrangèrent. Depuis oncques les diables ne reparurent dans ce quartier ; mais la rue qui y fut bâtie a conservé son nom infernal et même son tapage. Seulement, celui-ci n’est plus causé aujourd’hui que par le passage fréquent des voitures et des omnibus. La rue située de l’autre côté du jardin contraste par son silence avec le bruit de la première. On l’appelle la rue de l’Ouest, comme si, à ces extrémités de la ville, elle n’avait plus affaire qu’avec le ciel. Cette rue confine au boulevard du Montparnasse. On est ici en dehors du monde réel, du monde des affaires. C’est une sorte de Thébaïde habitée par des solitaires de l’étude. C’est surtout dans la partie où la rue de l’Ouest n’est plus bordée d’un côté que par le long mur du jardin du Luxembourg, qu’elle prend un aspect désert plus prononcé. Là, comme si la solitude n’était pas encore complète, toute une colonie d’artistes, MM. Hein, Oudinet, Signol, Thuillier, Mlle Rosa Bonheur et un peu plus loin, MM. Mathieu-Meusnier et Yvon, se sont établis dans un enfoncement mystérieux, appelé passage Vavin, et consistant en un double rang de maisons à l’aspect grave et paisible, qui se regardent silencieusement à travers l’ombrage d’une avenue de tilleuls.
Si vous avançant dans ce passage jusqu’à une maison à droite éclairée par de grandes fenêtres, vous entrez dans l’intérieur de la grille mise sur un mur à
hauteur d’appui, qui est placée devant, et que vous frappiez à une porte jaune qui fait face, le silence universel de cette retraite pourra être subitement interrompu par un mélange confus de voix enfantines chevrotant bèeee, bée, et soutenus d’un Bé articulé d’une voix grave et patriarchale.
Vous êtes à la porte de l’atelier de Mlle Rosa Bonheur.
Ce sont ses modèles qui cherchent à lier conversation avec vous. »

Une nouvelle acquisition pour le musée de l'atelier Rosa Bonheur ! 

Nous remercions, Magali, Présidente de l'association Rosa Bonheur qui offre cette lettre d'Auguste Cain au Musée Rosa Bonheur. 

Auguste Cain, sculpteur et ami de Rosa Bonheur, envoie une lettre à un Colonel pour lui demander d'avancer la date de remise de la légion d'honneur de Rosa Bonheur.  

Lettre autographe signée du sculpteur animalier Auguste Cain (1858-1943), 28 octobre 1892, à un "cher Colonel", 3 pages in-8, commentaire au crayon bleu sur la première page. 

 

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"Mon cher colonel,

J'ai été bien heureux hier d'entendre monsieur le Président et madame Carnot me parler en si bons termes de ma vieille amie Rosa Bonheur.

Les paroles dites m'ont été au coeur et vous comprendrez facilement que j'ai le vif désir de les lui reporter.

Néanmoins, je ne veux pas le faire sans savoir si je ne serai pas indiscret. C'est pour cela cher colonel que je m'adresse à vous.

Puis encore monsieur le Président pense faire cela après l'exposition de Chicago. Hélas c'est déjà si en retard, et, les années passent si vite (elle a déjà 70 ans !) qu'il me semble que sans attendre si longtemps dès la fin de cette année la promotion pourrait être faite.

Elle serait accueillie à l'unanimité, n'en doutez pas par tout le monde artiste.

Rosa est universellement connue et honorée - C'est une Gloire française et fruit rare une gloire simple ! C'est ma vieille amitié qui me fait oser vous dire tout cela. Peut-être pourriez vous en dire un mot à la Présidence, et avancer ce jour si désiré par ses admirateurs et amis...".